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Fort de Bellegarde

Type : fort, fortin
Ingénieurs : Sébastien le Prestre de Vauban, Jacques de Borelly de Saint-Hilaire, Lorenzo Possi
Commune : Perthus
Département / Région : Pyrénées-Orientales, Languedoc-Roussillon
Coordonnées : 42°27’33’’ N ; 2°51’31’’E

La colline de Bellegarde au Moyen Âge

La colline de Bellegarde (420 mètres d’altitude) domine le col du Perthus (271 mètres d’altitude). Situé sur la frontière franco-espagnole, le site est occupé depuis le Moyen Âge. En 1285, Jacques II, roi de Majorque y fit construire une tour de 20 mètres de haut, avec des murs d’1,50 mètre d’épaisseur afin de contrôler le col et mieux se défendre face au royaume d’Aragon. Au siècle suivant, le site devient un château doté d’une enceinte rectangulaire et d’un fossé qui protègent la tour. Repris au XIVe siècle par le roi d’Aragon, il ne sert alors plus que pour le droit de douane. En 1462, Bellegarde connait sa première occupation française en compensation d’une dette du roi d’Aragon envers Louis XI, puis est rétrocédé au royaume catalano-aragonnais en 1493. Deux fers à cheval sont construits au nord et à l’ouest du château. Un fossé peu profond entoure l’ensemble.

La signature du traité des Pyrénées

En 1659, le village et le col du Perthus deviennent français lors du Traité des Pyrénées. Ce changement de souveraineté ne suscite alors pas de nouvelles constructions. En mars 1668, le chevalier de Clerville, commissaire général des fortifications visite le site et considère qu’il est important pour la défense de la province du Languedoc. Peu après son passage, une première garnison de cinquante soldats s’installe dans le château. Ils sont en place depuis un mois lorsque celui-ci est attaqué par une troupe espagnole composée de 700 fantassins et 400 cavaliers. La garnison française repousse cette attaque, ce qui convainc Louvois, ministre de la Guerre de Louis XIV, d’en améliorer les défenses. Louvois donne l’ordre d’effectuer des travaux d’urgence : construction des casernes, réparation des fers à cheval, élargissement du fossé, création de chemins-couverts, parapets et glacis, destruction de la tour.

Les interventions de Vauban à Bellegarde

Vauban intervient en 1669 et préconise la poursuite des travaux du chemin-couvert et du glacis, la modernisation des deux fers à cheval et la séparation du donjon par un fossé. Il propose également de changer la porte de France de côté, mais cette demande n’aboutira pas. À la fin de l’année 1672, l’ingénieur Saint-Hilaire, responsable des fortifications du Roussillon considère que la place est en état. Seul le terrassement de la lunette vers la porte d’Espagne reste à faire. Ce sera l’unique ouvrage réalisé avant le siège espagnol de 1674, durant la Guerre de Hollande.

La tentative échouée des travaux espagnols

Alors que les Espagnols ont repris le fort, ils font appel à l’ingénieur Lorenzo Possi. Celui-ci propose de perfectionner les défenses par l’ajout d’un ouvrage à corne au sud, d’une demi-lune devant le front de Panissars et d’un chemin-couvert. La reconquête française de 1675 stoppe ce projet. Saint-Hilaire propose d’achever ces chantiers, mais Louvois refuse pour des raisons financières et préconise d’effectuer seulement quelques réparations.

La construction du fort selon les plans de Vauban

En 1679, Vauban conçoit un projet de fort que Louis XIV approuve. Ce fort se compose d’une partie haute (située au nord), forteresse pentagonale irrégulière à cinq bastions, trois demi-lunes et trois fausses-braies. La porte de France qui permet d’y entrer est le seul point d’accès depuis le territoire français. Elle est protégée par une demi-lune fermée par un pont-levis. La porte d’Espagne est située entre deux bastions. Vauban place une seconde enceinte à l’intérieur du fort sur les terre-pleins des bastions sans creuser de fossés. Celle-ci est composée de quatre petits bastions, faisant écho à ceux de la première enceinte et complétée par d’une tour ronde. La place est fermée au nord par la chapelle, les appartements du gouverneur, le logement du major et l’arsenal du roi. Vauban construit des casernements pour les soldats autour de la place d’arme. En 1698, un puits de 65 mètres de profondeur et près de 6 mètres de diamètre est creusé.
La partie basse du fort appelée fortin est un ouvrage à corne détaché, protégé au sud et à l’ouest par deux demi-bastions, eux-mêmes protégés par un fossé creusé au pied du rempart. Au nord une petite redoute défend la demi-lune. Un chemin-couvert entoure le fortin et le relie à celui du fort. Son entrée est défendue par un pont-levis. À l’intérieur, des casernements, des écuries, une poudrière, une chapelle, un hôpital et un puits sont édifiés.

Le fort de Bellegarde du XVIIIe au XXe siècle

En juin 1793, après deux mois de siège, le fort capitule face à l’Espagne. Un blocus est organisé par la France, et, en septembre 1794, le site redevient français. Occupé par l’armée jusqu’en 1918, il accueille ensuite un centre de colonies de vacances. En janvier et février 1939, il est utilisé comme camp d’internement pour les réfugiés espagnols de la Retirada, avant de devenir une prison gérée par la Gestapo. Désaffecté en 1965, il est classé au titre des Monuments historiques deux ans plus tard. Depuis 1972, il appartient à la commune du Perthus. À la fin des années 1990, des fouilles effectuées à l’intérieur du puits ont permis de retracer le quotidien des soldats sur une période de près de trois siècles.

État actuel

Le fort de Bellegarde a été conservé intact et tel qu’il a été conçu par Vauban, à l’exception du pont-levis du fortin qui a disparu. Il est ouvert au public tous les jours de mai à septembre.

Orientation bibliographique

AYATS (A.), Les fortifications de Vauban. Découverte guidée en pays catalan, Canet, 2007.
AYATS (A.), Louis XIV et les Pyrénées catalanes de 1659 à 1681 : frontière politique et frontières militaires, Montpellier, 2002, (thèse de doctorat déposée à Montpellier en 1990).
AYATS (A.), « Le fort de Bellegarde » in Vauban et ses successeurs dans les Pyrénées, Paris, 2003, p.341-347.
FAUCHERRE (N.), La route des fortifications en Méditerranée, Paris, 2007.


Légendes (de haut en bas) :
  • Fort de Bellegarde, plan non daté, Krigsarkivet, Stockholm.
  • Vue aérienne du fort de Bellegarde, GoogleEarth, 13/07/2010.
UNESCO RSMV