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Type : ville neuve
Ingénieurs : Sébastien le Prestre de Vauban, Thomas de Choisy
Région : Land de Rhénanie-Palatinat
Pays : Allemagne
Coordonnées : 49°58’01’ N ; 7°07’01’’ E

Une ville neuve éphémère
Situé sur une colline escarpée dominant la rive droite d’un méandre de la Moselle, le site de Traben-Trarbach est défendu jusqu’au XVIIe siècle par un château médiéval modernisé (voir Trarbach). C’est en 1687 que Louis XIV et Vauban envisagent de le fortifier de manière plus importante afin de verrouiller la route de la Moselle entre Trèves et Coblence. Le site du château ancien n’étant pas apte à accueillir une forteresse de grande taille, Vauban choisit la colline située en face, à la racine du méandre de la Moselle (voir fiche de Besançon), dont le sommet est un vaste plateau, protégé sur trois côtés par la rivière, ce qui en fait le site idéal pour y installer un camp retranché. La décision de sa fondation est prise en mai 1687 et la ville est aussitôt baptisée Mont-Royal par un décret de Louis XIV. Thomas de Choisy, gouverneur de Sarrelouis, effectue la reconnaissance du territoire et propose les premiers plans et projets. Il sera par la suite chargé de l’inspection et de la surveillance des travaux.

Le premier projet de Vauban
Le premier projet de Vauban prévoit la réalisation d’une ville de tracé pentagonal irrégulier. Au sud, les défenses forment une couronne à un bastion et deux demi-bastions orillonnés ; une demi-lune protège chaque courtine et un ouvrage à cornes s’avance en capitale du bastion central. Au nord, il n’y a la place que pour un front à deux demi-bastions orillonnés ; un ouvrage à cornes précédé d’une demi-lune et flanqué à l’est d’une bonnette précède ce rempart ; quatre retranchements avancés ont vu partiellement le jour : un étroit ouvrage à cornes à demi-lune et trois lignes redentées successives. Les flancs ouest et est ne sont composés que de murailles à pic sur les pentes rocheuses dominant la Moselle, avec une tour bastionnée en leur milieu. Deux portes, l’une au nord, l’autre au sud, permettent d’y entrer. Les flancs courbes des bastions sont équipés de casemates d’infanterie. Dans le talus du rempart oriental, dix-sept magasins aux vivres sont installés, tandis que trois magasins à poudre sont placés à la gorge de trois des quatre bastions d’angle. La trame des rues est orthogonale, organisée autour d’une place d’armes décentrée qui regroupe les édifices publics : église, palais du gouverneur, mairie et halle. Vauban ne prévoit que la cession d’une centaine de parcelles aux civils, soit pour une population d’environ cinq cents habitants. Le reste est réservé aux militaires dont le nombre est d’environ quatre mille cinq cents hommes, répartis principalement dans des casernes édifiées le long des courtines. Un arsenal complète l’équipement interne. Cet arsenal sert en quelque sorte de modèle, représenté dans le traité d’artillerie de Surirey de Saint Remy, daté de 1697. Un hôpital militaire est construit en contrebas du site au bord de la Moselle Cette première phase du chantier s’achève à la fin de l’année 1688, au moment du déclenchement de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg.

Le camp retranché de Mont-Royal
Vers le sud, Vauban ajoute un camp retranché, le Grand Quartier général du Roy, formé par une enceinte de neuf fronts bastionnés dotés de onze bastions ou demi-bastions à flancs droits. Dans ce camp, il prévoit sept casernes, plusieurs magasins à vivres, des arsenaux, des écuries et un bassin d’eau potable, entre autres. Ce camp peut abriter douze mille hommes et trois mille chevaux. Des civils sont aussi installés dans ce camp retranché, portant la population urbaine totale à mille cinq cent personnes, venues de tous les coins de France. Cette population possède une juridiction distincte de la ville de Mont-Royal. Ce second chantier s’achève vers 1693. Une enceinte à tours bastionnées est installée le long de la Moselle, au pied du camp retranché. Le traité de Ryswick de 1697 contraint Louis XIV à restituer le territoire au comte du Palatinat et au margrave de Bade. Mont-Royal est alors démolie entièrement par les Français de janvier à juin 1698. Thomas de Choisy donne asile à une partie de la population à Sarrelouis.

État actuel
Il ne reste plus grand-chose de visible de Mont-Royal : quelques murailles écroulées, casemates et fondations de remparts et de bâtiments ensevelis dans une sapinière plantée dans les années 1950. Le site a été fouillé sauvagement entre 1929 et 1938. Depuis quelques années, les autorités locales ont entrepris d’ouvrir le site au public. Divers types de visites, guidées ou non, sont possibles, renseignements à l’office de tourisme. Malgré sa disparition prématurée, d’importants fonds cartographiques français et allemands permettent d’étudier Mont-Royal qui n’a pas été réoccupé depuis.

Orientation bibliographique

  • BOUCON (J.), Sur les pas de Vauban en Lorraine et au-delà des frontières, Metz, 2007, p.102-107.
  • CASTENDYCK (G.), « Mont-Royal, die vergessene Festung » in Burgen und Schlössen, n°11, 1983, p.110-113.
  • DE ROUX (A.), Ville neuve, urbanisme classique, Paris, 1997, p. 28-29.
  • FAUCHERRE (N.), « Documenter une forteresse disparue », in Châteaux et Atlas. Inventaire, cartographie, iconographie. XIIe-XVIIe siècle. Centre de Castellogie de Bourgogne, 2013, (actes du second colloque international du Château de Bellecroix organisé du 19 au 21 octobre 2012).
  • OZIOL (A.), « La ville nouvelle de Vauban : un urbanisme à la gloire de Louis XIV » in Vauban militaire et économiste sous Louis XIV, t. II : Vauban et Longwy à Louis XIV. Les Guerres de Louis XIV, Luxembourg, 2009, p. 217-250, (actes du colloque de la Commission lorraine d’Histoire militaire des 29 et 30 septembre 2007 à Longwy).
  • REICHARDT (L.), « Mont Royal, La plus éphémère des grandes places fortes vaubaniennes » in Bulletin trimestriel de la Renaissance du Vieux Metz et des Pays Lorrain, n°115, avril 2010.
  • REICHARDT (L.), « Thomas de Choisy und die Festung Mont-Royal » in KLAUCK (H.-P.), LOEW (B.) et THEWES (G.), sous la dir. de, Thomas de Choisy : Ingenieur und Festungsgouverneur unter Ludwig XIV, Ingénieur et gouverneur sous Louis XIV, Saarlouis, 2011, vol. 16, p. 197-214, (contribution publiée dans les actes du colloque Thomas de Choisy : Ingenieur und Festungsgouverneur unter Ludwig XIV, Ingénieur et gouverneur sous Louis XIV, organisé à Saarlouis le 30 octobre 2010).
  • REICHARDT (L.), « Fontange et Tour d’Enfer. Les ouvrages avancés de Mont-Royal au-dessus et au pied du Château de Trarbach » in Bulletin de la Fondation Comtesse Loretta, n°2, 7 août 2009.RIES (N.), « Mont-Royal » in Les Cahiers Luxembourgeois, 1932-1938, p.791-801.
  • SÜNDERMANN (P.M.), Dr. Ernst Willen Spies, der Sonnenkönig Ludwig XIV und die Festung Mont Royal, Traben-Trabach, L’auteur, 2008.

Légendes (de haut en bas) :
  1. Mont-Royal, plan de Vosgin, cartographe de Vauban, 1688, Collection Dr. Spies, Musée de la Moselle moyenne, Traben-Trarbach.
  2. Vue aérienne du village de Traben-Trarbach et de la colline de l’ancien site de Mont-Royal, GoogleEarth, 04/07/2011.
UNESCO RSMV