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Type : ville neuve.
Province / Région : commune de Traben-Trarbach, Land de Rhénanie-Palatinat.
Pays : Allemagne

Historique et description
Situé sur une colline escarpée dominant la rive droite d’un méandre de la Moselle, le site de Traben-Trarbach est défendu par un château médiéval modernisé puis détruit pendant la Guerre de Trente Ans (voir fiche de Trarbach). C’est en 1687 que Louis XIV et Vauban décident de le fortifier de manière plus importante afin de verrouiller la route de la Moselle entre Trèves et Coblence. Le site du château ancien n’étant pas apte à accueillir une forteresse de grande taille, Vauban choisit la colline située en face, sur la rive gauche de la Moselle, dont le sommet est un vaste plateau, protégé sur trois côtés par la rivière, ce qui en fait le site idéal pour y installer un camp retranché. La décision de fondation est prise en mai 1687 et la ville est aussitôt baptisée Mont-Royal par un décret de Louis XIV.
Le premier projet de Vauban, assisté entre autres par Thomas de Choisy, le gouverneur de Sarrelouis toute proche, prévoit la réalisation d’une ville de tracé pentagonal irrégulier. Au sud, les défenses forment une couronne à un bastion et deux demi-bastions orillonnés ; une demi-lune protège chaque courtine et un ouvrage à cornes s’avance en capitale du bastion central. Au nord, il n’y a la place que pour un front à deux bastions orillonnés ; un ouvrage à cornes précédé d’une demi-lune et flanqué à l’est d’une bonnette précède ce rempart ; quatre retranchements avancés ont vu partiellement le jour : un étroit ouvrage à cornes à demi-lune et trois lignes redentées successives dont deux avec redoute casematée du modèle de Luxembourg. Les flancs ouest et est ne sont composés que de murailles à pic sur les pentes rocheuses dominant la Moselle, avec une tour bastionnée en leur milieu. Deux portes, l’une au nord, l’autre au sud, permettent d’y entrer. Les orillons des bastions sont équipés de casemates d’infanterie. Dans le talus du rempart est, dix-neuf magasins aux vivres sont installés, tandis que trois poudrières occupent les espaces proches de trois des quatre bastions d’angle. La trame des rues est orthogonale, organisée autour d’une place d’armes décentrée qui regroupe les édifices publics : église, palais du gouverneur, mairie et halle. Vauban ne prévoit que la cession d’une centaine de parcelles aux civils, soit pour une population d’environ cinq cents habitants. Le reste est réservé aux militaires dont le nombre est d’environ quatre mille cinq cents hommes, répartis principalement dans des casernes édifiées le long des courtines. Un hôpital militaire et un arsenal complètent l’équipement interne. Cet arsenal sert en quelque sorte de modèle, représenté du traité d’artillerie de Survirey de Saint Remy, daté de 1697. Cette première phase de chantiers s’achève vers 1688, au moment du déclenchement de la Guerre de la Ligue d’Augsbourg. Durant cette guerre, Vauban poursuit les constructions en ajoutant trois cavaliers avec réduits et chemin-couvert, et un retranchement. Vers le sud, Vauban ajoute un camp retranché, le Grand Quartier général du Roy, formé par une enceinte de neuf fronts bastionnés dotés de onze bastions ou demi-bastions à flancs droits. Dans ce camp, il ajoute sept casernes, plusieurs magasins à vivres, des arsenaux, des écuries et un bassin d’eau potable, entre autres. Ce camp peut abriter douze mille hommes et trois mille chevaux. Des civils sont aussi installés dans ce camp retranché, portant la population urbaine totale à mille cinq cent personnes, venues de tous les coins de France. Cette population possède une juridiction distincte de la ville de Mont-Royal. Ce second chantier s’achève vers 1690. Un troisième projet, qui prévoyait l’installation d’une enceinte à tours bastionnées le long de la Moselle, au pied du camp retranché, n’a pas été réalisé avant que le traité de Ryswick de 1697 ne contraigne Louis XIV à restituer la région au Saint-Empire. Mont-Royal est alors démolie entièrement par les Français jusqu’en 1698 et la population déplacée.

État actuel
Il ne reste plus grand-chose de visible à Mont-Royal : quelques murailles écroulées, casemates et fondations de remparts et de bâtiments ensevelis dans une sapinière plantée dans les années 1950. Le site a été fouillé sauvagement entre 1929 et 1938. Depuis quelques années, les autorités du village de Traben-Trarbach ont entrepris d’ouvrir le site au public. Divers types de visites, guidées ou non, sont possibles, renseignements à l’office de tourisme.
Mont-Royal présente un intérêt important dans l’œuvre de Vauban en tant que ville neuve. Malgré sa disparition prématurée, d’importants fonds cartographiques français et allemands permettent d’étudier le site qui n’a pas été réoccupé depuis. Il serait nécessaire de le fouiller de manière systématique et de restaurer les vestiges.

Orientation bibliographique

  • DE ROUX (A.), Ville neuve, urbanisme classique, Paris, 1997, p. 25-27.
  • OZIOL (A.), La ville nouvelle de Vauban : un urbanisme à la gloire de Louis XIV, dans Vauban militaire et économiste sous Louis XIV, t. II : Vauban et Longwy à Louis XIV. Les Guerres de Louis XIV, Luxembourg, 2009, p. 217-250, (actes du colloque de la Commission lorraine d’Histoire militaire des 29 et 30 septembre 2007 à Longwy).
  • REICHARDT (L.), Mont Royal, La plus éphémère des grandes places fortes vaubaniennes, texte inédit, 2011.
  • IDEM, Thomas de Choisy und die Festung Mont-Royal, dans KLAUCK (H.-P.), LOEW (B.) et THEWES (G.), sous la dir. de, Thomas de Choisy : Ingenieur und Festungsgouverneur unter Ludwig XIV, Ingénieur et gouverneur sous Louis XIV, Saarlouis, 2011, vol. 16, p. 197-214, (contribution publiée dans les actes du colloque Thomas de Choisy : Ingenieur und Festungsgouverneur unter Ludwig XIV, Ingénieur et gouverneur sous Louis XIV, organisé à Saarlouis le 30 octobre 2010).
  • P.M. SÜNDERMANN, Dr. Ernst Willen Spies, der Sonnenkönig Ludwig XIV und die Festung Mont Royal, Traben-Trabach, L’auteur, 2008.

Légendes (de haut en bas) :
  1. Mont-Royal, plan de Vosgin, cartographe de Vauban, 1688, Collection Dr. Spies, Musée de la Moselle moyenne, Traben-Trarbach.
  2. Mont-Royal, plan de van Loon, 1700-1702, Collection Dr. Spies, Musée de la Moselle moyenne, Traben-Trarbach.
  3. Vue aérienne du village de Traben-Trarbach et de la colline de l’ancien site de Mont-Royal, GoogleEarth, 04/07/2011.
RSMV UNESCO