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Type : enceinte urbaine, citadelle, tours et forts détachés Ingénieurs : Jean Bourdon, Josué Boisberthelot de Beaucours, Jacques Levasseur de Neré, Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry, William Twiss, Gother Mann, Elias Walker Durnford, Ralph Bruyères, William Drummond Jervois Province : Province de Québec Pays : Canada Coordonnées : 46°48’44’’ N ; 71°12’52’’ O

Le comptoir de commerce
Doté d’un promontoire escarpé dominant le fleuve Saint-Laurent et situé (comme son nom l’indique) « à l’endroit où le fleuve se rétrécit », le site de Québec offre une défense naturelle exceptionnelle. Dès 1535, il est exploré par Jacques Cartier qui y retrouve le village iroquoien, connu sous le nom de Stadaconé. En 1608, Samuel de Champlain y aménage un comptoir de commerce fortifié. Son Habitation, qui évoque les châteaux-forts du XVe siècle européen, comporte certains artifices défensifs : meurtrières, galerie de tir avec créneaux ceinturant le sommet des murs, plates-formes d’artillerie aménagées, comme le disait Champlain, en « pointes d’esperons ». Champlain poursuit son objectif de fonder une véritable ville, qui deviendra éventuellement la capitale de la Nouvelle-France. En 1620, il fait ériger le fort Saint-Louis, au sommet du promontoire, ouvrage qui sera reconstruit à maintes reprises tout au long du XVIIe siècle. En 1636, son successeur, le gouverneur Charles Huaut de Montmagny, mandate son ingénieur, Jean Bourdon, pour établir les plans d’une véritable forteresse selon les règles de l’art alors en vigueur en Europe. Les limites de la ville sont fixées ; une assiette urbaine de type radial est mise en place à partir d’une place d’armes aménagées à proximité du fort Saint-Louis.

L’influence de Vauban
L’avènement du gouvernement royal, en 1663, ravive l’idée d’établir dans la capitale coloniale une véritable forteresse capable de résister à une attaque à l’européenne. Il faudra attendre cependant l’envoi des premiers ingénieurs nommés par Vauban pour voir la mise en place plusieurs composantes du système défensif de Québec. En 1685, l’ingénieur Robert de Villeneuve construit la batterie royale en Basse-Ville. En 1690, le major de la place, François Provost, fait ériger la première enceinte de Québec. Il s’agit d’une ligne palissadée comportant onze redoutes et/ou tours de maçonnerie, reliées par des courtines. Cette construction d’urgence est remplacée dès 1693 par une nouvelle enceinte, cette fois un véritable rempart terrassé comportant des bastions à orillons et des fossés agrandis. L’ingénieur Josué Boisberthelot de Beaucours l’édifie en s’inspirant des ouvrages de Vauban, auprès duquel il a travaillé à Brest, avant son arrivée en Nouvelle-France. Malheureusement, l’adaptation au terrain n’est pas optimale car quelques composantes pouvaient être prises à revers depuis les hauteurs proches. L’ingénieur Jacques Levasseur de Neré propose dès 1701 un projet d’amélioration important : agrandissement de l’enceinte urbaine de la ville haute, édification de nouveaux bastions et de retranchements à la manière de Vauban. Ce dernier, qui a dépêché Levasseur sur place, avait validé ce projet, qui n’est réalisé que partiellement faute d’argent mais aussi en raison des nombreux conflits opposant les dirigeants coloniaux sur la pertinence des différents projets de fortification pour la capitale coloniale. Les fortifications de la ville de Québec restent inachevées à la signature du traité d’Utrecht. Il faut attendre 1745 et la première prise de Louisbourg par les Anglais, durant la Guerre de Succession d’Autriche, pour que l’enceinte de Québec soit enfin complétée dans une forme permanente sur le côté ouest de la ville. L’ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros de Léry dirige ce chantier en réutilisant une bonne partie des ouvrages antérieurs, notamment des ouvrages de Levasseur de Neré.

L’enceinte de Chaussegros de Léry comporte cinq fronts bastionnés fermant le côté ouest de la ville de Québec. La défense vers le Saint-Laurent est assurée par des batteries d’artillerie et des sections de palissade. L’ingénieur réserve les deux extrémités du nouveau rempart afin d’aménager des zones militaires, l’une vouée au casernement au nord, l’autre affectée à l’entreposage, au sud. La « rue des remparts » située derrière ce nouveau rempart, assure la communication entre ces deux zones. Enfin, toujours dans la tradition de Vauban, Chaussegros de Léry réorganise le plan urbain de Québec : un nouveau segment orthogonal s’aboute à l’assiette rayonnante du XVIIe siècle.

C’est donc un grand chantier qui caractérise les quinze dernières années de l’occupation française de Québec. Durant la Guerre de Sept Ans, en 1759, au moment de l’arrivée des Anglais, les parapets ne sont pas terminés et les ouvrages avancés ne sont que très partiellement amorcés.

La ville de Québec sous domination anglaise
Après la prise de Québec, les Anglais s’empressent d’achever les parapets de l’enceinte française et construisent au-devant une série de redoutes en forme de blockhaus en guise d’ouvrages avancés. C’est au cours de la Guerre d’Indépendance américaine et surtout à la suite du siège de Québec par les « Américains » que d’importantes améliorations sont faites au système défensif de Québec. Entre 1779 et 1783, l’ingénieur William Twiss bâtit des ouvrages en bois et en terre formant une citadelle provisoire sur la hauteur du Cap-aux-Diamants.

Par la suite, l’ingénieur Gother Mann développe un nouveau programme défensif pour la capitale coloniale qui mise toujours sur l’enceinte française. Sa réflexion entraîne d’importants travaux défensifs à Québec, entre les années 1785 et 1811. On répare les remparts urbains et surtout on ferme entièrement la Haute-Ville le long du fleuve par un mur de maçonnerie. L’enceinte bastionnée est dotée de d’ouvrages avancés entre les bastions Saint-Louis et des Ursulines : un ravelin, deux contregardes et des tenailles. Cinq nouveaux magasins à poudre sont construits derrière l’enceinte. L’ingénieur Ralph Bruyères dirige la construction de tours Martello sur les hauteurs d’Abraham, à l’ouest du rempart français. Enfin, l’ingénieur Elias Walker Durnford dresse les plans d’une citadelle permanente sur les hauteurs du Caps-aux-Diamants, dont le chantier s’échelonne de 1820 à 1831. Ce nouvel ouvrage qui intègre plusieurs composantes antérieures des fortifications déjà existantes, se développe selon un polygone irrégulier comprenant cinq fronts défensifs, dont deux nouveaux orientés vers l’intérieur de la ville fortifiée. Le rempart est doublé par plusieurs ouvrages avancés tels ravelins et contregardes. La citadelle englobe plusieurs édifices (casernes pour soldats et officiers, poudrières, entrepôts, hôpital, citernes, etc.) qui sont pour la plupart voûtés à l’épreuve des bombes.

Plus on avance au XIXe siècle, une large partie de l’enceinte défensive deviendra de plus en plus désuète en raison notamment de l’expansion physique de la ville et du développement des faubourgs. Compte tenu du développement de l’artillerie rayée et en conséquence de l’aménagement d’une ligne de chemin de fer sur la rive sud du Saint-Laurent, reliant Québec et Montréal avec embranchement vers les États-Unis, l’ingénieur militaire William Drummond Jervois dresse les plans d’un système de fortification polygonale pour Québec. Au lendemain de la Guerre de Sécession américaine, trois forts détachés sont érigés sur les hauteurs de la Pointe-Lévis.

Il s’agit de la dernière étape de la mise en place du système défensif colonial car en toile de fond, on assiste à l’avènement de la nouvelle Confédération canadienne en 1867 et au départ définitif des troupes britanniques du Canada en 1871.

État actuel
La décennie suivant le départ des Britanniques du Canada constitue une époque charnière pour la conservation des fortifications de Québec. À la suite de pressions locales, les ouvrages avancés et les principales portes sont démolis. Inspiré par l’idéal romantique du XIXe siècle, le gouverneur général Frederick Temple Dufferin réussit à rassembler des forces vives pour mettre en place un vaste programme de conservation de l’enceinte de Québec et l’aménagement d’une promenade piétonnière au sommet des murs et longeant les fortifications de la vieille ville. Aujourd’hui, des chantiers français et anglais des XVIIIe et XIXe siècles, l’enceinte urbaine subsiste toujours et est entretenue principalement par l’agence fédérale Parcs Canada, avec le soutien du ministère de la Culture du Québec et des villes de Québec et de Lévis. La citadelle anglaise est intégralement conservée et entretenue en grande partie par le ministère de la Défense puisque le régiment francophone de l’infanterie canadienne, le Royal 22e, y a établi son quartier général. La citadelle abrite aussi l’une des résidences officielles du gouverneur général du Canada. La visite des fortifications et de la citadelle est possible en s’adressant à Parcs Canada et au Musée du Royal 22e régiment. En raison, entre autres, de l’état de conservation des fortifications coloniales de Québec, la ville est inscrite sur la liste du Patrimoine mondial depuis 1985. Seul le fort no 1 des trois forts périphériques de Lévis est conservé par Parcs Canada et ouvert au public.

L’œuvre des ingénieurs militaires français à Québec transpose la formidable influence de Vauban au regard notamment de l’importance de l’analyse topographique, de la transposition de modèles de fortification et par rapport aux principes de la planification urbaine. Indirectement, l’influence de Vauban se mesure également à travers les travaux de la première génération d’ingénieurs britanniques, arrivés à Québec au XVIIIe siècle.

Orientation bibliographique

  • CHARBONNEAU, (A.), DESLOGES (Y) et LAFRANCE (M), Québec, ville fortifiée, du XVIIe au XIXe siècles, Québec, 1982.
  • CHARBONNEAU, (A.), « Québec ville fortifiée » in Québec, ville militaire, 1608-2008, Québec, 2008, (éd. Art Global), p.53-92.
  • CHARBONNEAU, (A.), « Québec ville assiégée » in Québec, ville militaire, 1608-2008, Québec, 2008, (éd. Art Global), p.93-150.
  • CHARBONNEAU, (A.), « Les diverses formes d’expression des modèles français d’urbanisme militaire dans les agglomérations de la Nouvelle-France » in Vauban, architecte de la modernité, Besançon, 2008, p.170-171.
  • CHARTRAND (R.), French forteresses in North America 1535-1763 : Québec, Montréal, Louisbourg and New Orléans, Westminster (USA), 2005, p. 11-31.
  • DESLOGES (Y.), « Du site stratégique à la ville fortifiée », in Les Plaines d’Abraham : le culte de l’idéal, Québec, 2001, p. 107-136.
  • Enoncé d’intégrité commémorative. Lieu historique National du Canada des fortifications de Québec, Parcs Canada, 2004.
  • GUAY (M.), Le Parc de l’Artillerie, Québec, 1998.
  • Guide Voir : Canada, Paris, 2008, p. 128-133.
  • GUIMONT (J.) et SAVARD (M.), Autour des Nouvelles Casernes, Québec, 2002.
  • LAFRANCE (M.), « Lieu historique national du Canada des Fortifications-de-Québec » in Le Fort n°1 de la Pointe Lévy, Québec, 2000.

Légendes (de haut en bas) :
  1. Plan de la ville de Québec, ca. 1744, Bibliothèque et archives Canada/ NMC 4899.
  2. Vue aérienne de Québec, GoogleEarth, 28/06/2011
UNESCO RSMV