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Type : enceinte, défense hydraulique
Ingénieurs : Jacques Van Noyen, Sébastien le Prestre de Vauban, Tardif, Jean-Jacques Duportal, Louis de Cormontaigne
Département / Région : Meurthe-et-Moselle, Lorraine
Coordonnées : 49°21’32’’ N ; 6°10’09’’E

Thionville au Moyen Âge

Située dans un coude de la Moselle, Thionville apparaît pour la première fois dans une chronique relatant le passage de Pépin le Bref. À partir du Xe siècle, Thionville entre dans l’Empire Germanique puis devient un fief des comtes de Luxembourg au début du XIe siècle. Ces derniers décident d’y ériger un château doté d’un puissant donjon, la tour aux Puces. La ville est également mise en défense par l’édification d’une enceinte fortifiée constituée de hauts parements en pierre et maçonnerie.

De la ville espagnole à la ville française

Le duc de Bourgogne Philippe le Bon conquiert la ville en 1443. Les fortifications sont restaurées. Le ruisseau du Fench est utilisé pour inonder les douves, tandis que les défenses de la rive gauche de la Moselle s’appuient sur la rivière. Bourguignonne à partir de 1461, dans le cadre des 17 provinces des Pays-Bas, la ville appartient à la maison des Habsbourg en 1477, avant d’être intégrée à l’empire de Charles Quint. Les premières adaptations à l’artillerie à boulets métalliques sont ordonnées par Charles Quint. Des boulevards d’artillerie sont édifiés sur les remparts qui perdent leurs créneaux et sont talutés, des plateformes plus larges sont ajoutées sur les tours. Ces nouvelles défenses n’empêchent pas une première conquête française par les armées d’Henri II en 1558. Philippe II d’Espagne ordonne en 1559 la transformation des défenses de Thionville, après que la ville lui ait été rendue grâce au traité de Cateau-Cambrésis. L’Espagne envisage alors le premier projet de fortification moderne confié à l’ingénieur Jacques Van Noyen. Menés de 1593 à 1607, les travaux donnent naissance à un hexagone irrégulier dont les points forts sont le bastion de Metz, cinq demi-lunes et un ouvrage à cornes. Assiégée en 1643 par le duc d’Enghien, la ville est conquise par la France. La conquête est entérinée par le traité des Pyrénées en 1659.

Vauban et Thionville

Vauban intervient à Thionville entre 1673 et 1693. Il réorganise les défenses de la ville sur la rive gauche et complète l’ensemble par la mise en place d’un système de lunettes, glacis, tenailles et contre-gardes. Vauban est le premier ingénieur à étendre les fortifications de Thionville sur la rive droite de la Moselle. Pour cela, il fait construire le premier pont de pierres et ajoute un ouvrage à corne flanqué de deux lunettes de l’autre côté. Le capitaine suisse Rodolphe Salzgueber, membre des gardes étrangères, supervise les chantiers sur place. En 1677, Vauban préconise d’élargir l’ouvrage pour faire de Thionville un camp retranché majeur, mais ce projet ne sera jamais réalisé. En 1695, il perfectionne les défenses par l’ajout d’un second glacis et de six lunettes avancées.

Les travaux de la première moitié du XVIIIe siècle à Thionville

Au XVIIIe siècle, l’aspect de la place forte est fortement modifié. En 1727, les ingénieurs Tardif et Duportal réalisent partiellement le projet de camp retranché en remplaçant l’ouvrage à corne de la rive droite, réalisé par Vauban. La Double couronne de la Moselle est édifiée. Cet ouvrage à corne comporte deux bastions à flancs droits, deux demi-bastions, trois demi-lunes et un chemin couvert à places d’armes rentrantes. L’enceinte urbaine est également remaniée avec l’ajout successif de contregardes, de glacis et d’une ceinture de lunettes.

Louis de Cormontaigne à Thionville

En 1745, Louis de Cormontaigne augmente les défenses de Thionville. Entre 1746 et 1752, la ville est dotée d’une double couronne de forts appuyée par la construction du couronné de Yutz. Il possède trois bastions à flancs droits, deux demi-lunes, deux tenailles, des fossés secs et un chemin couvert. Afin de protéger Thionville des inondations, il fait percer un canal de dérivation de 1745 à 1753. Afin de protéger ce canal et assurer la continuité entre les remparts, des ponts-écluses sont édifiés entre 1746 et 1756.

Thionville de la seconde moitié du XVIIIe siècle au XXe siècle

Après la mort de Cormontaigne en 1752, l’ingénieur Pierre Filley améliore les œuvres de celui-ci en ajoutant des cavaliers et des fentes de tirs dans les bastions espagnols dont les flancs sont redressés. Il achève les ponts-écluses qui n’avaient pas reçus leurs grilles en 1752 et perfectionne le système hydraulique. Il préconise d’ajouter des magasins en ville. Plusieurs ouvrages des défenses de la ville côté rive gauche sont maçonnés à cette époque. Ces modifications débutent en 1777 mais ne sont pas achevées en 1789 car les grilles des ponts-écluses n’ont jamais été fondues. Entre 1893 et 1900, les Allemands construisent une ceinture de sept forts périphériques en béton autour de Thionville. Modernisés jusqu’en 1914, ils ne servent pas durant la Première Guerre mondiale. À partir de 1926, deux d’entre eux sont intégrés à la Ligne Maginot.

État actuel

Les fortifications urbaines de Thionville ont été démantelées par les Allemands à partir de 1901. La tour médiévale aux Puces en est l’un des rares vestiges. Elle accueille aujourd’hui le musée du Pays Thionvillois. Côté rive droite, le couronné de Yutz et la porte sont conservés. Les ponts-écluses de Cormontaigne existent toujours ainsi que les forts allemands du XIXe siècle et les ouvrages de la Ligne Maginot. Lieux de mémoire, ils sont accessibles au public.

Orientation bibliographique

BASTIAN (C.), Histoire des fortifications de Thionville et de leur extension au Pays des Trois Frontières, Thionville, s. d.
CHIMELLO (S.) et GAUDINET (F.), Les Ponts-écluses de Thionville, Thionville, 2006.
GABER, Lorraine, la route des fortifications, Metz, 1999.
MARTIN (P.), La route des fortifications dans l’Est, Paris, 2007.


Légendes (de haut en bas) :
  • "Thionville", plan de 1693, in Recueil des plans des places du Royaume, divisé par provinces, faits en l’an 1693, vol. 1, pl. 46, gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France.
  • Vue aérienne de Thionville, GoogleEarth, 16/09/2010.
UNESCO RSMV