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Neuf-Brisach

Type : ville neuve et urbanisme
Ingénieurs : Sébastien le Prestre de Vauban, Jacques Tarade
Département / Région : Haut-Rhin, Alsace
Coordonnées : 48°01’08’’ N ; 7°31’45’’ E

Les origines de la construction de Neuf-Brisach

Neuf-Brisach est l’une des dix villes créées ex-nihilo par Vauban. Son édification a pour objet de compenser la perte de la ville fortifiée de Breisach-am-Rhein, située sur la rive droite du Rhin. Vauban a déjà travaillé dans la région et notamment à la réalisation de l’enceinte et l’extension urbaine de Breisach-am-Rhein (voir fiche correspondante) à partir de 1664. Le traité de Rijswick de 1697 provoque un nouveau bouleversement de l’échiquier politique et une redistribution des alliances et des places fortes. La rive droite du Rhin est perdue et le fleuve devient une frontière militaire et politique entre la France et l’Empire des Habsbourg. Louis XIV est dans l’obligation de rendre Breisach-am-Rhein et de raser à ses frais Saint-Louis-de-Brisach et le fort des Cadets. Désormais, la protection du passage du Rhin et l’entrée de l’Alsace sont sans défense face à d’éventuels envahisseurs.

Description du site

Dès 1698, le roi ordonne à Vauban de visiter les places des frontières de l’est et de reconnaître ce qui peut être construit face à Breisach-am-Rhein. Vauban choisit le site de Neuf-Brisach pour sa proximité avec Breisach-am-Rhein, tout en étant hors de portée. Il soumet trois projets à Louis XIV qui choisit le plus important et le plus coûteux. Celui-ci prévoit la construction ex-nihilo d’une ville fortifiée octogonale, dotée d’une double enceinte : d’abord un rempart de sûreté équipé de courtines et de tours bastionnées à échauguettes, ensuite un rempart de combat composé de bastions détachés, de larges tenailles, de huit demi-lunes dont quatre avec réduits, d’un chemin couvert, et d’un large glacis. Un ouvrage à couronne composé de deux fronts était également prévu devant le front nord-est mais jamais réalisé. L’enceinte est percée de quatre portes dites de Belfort, Colmar, Strasbourg et Bâle. Elles sont pourvues de ponts dormants puis de pont-levis, de voûtes à l’épreuve, de herses et de corps de garde. Sur le plan urbain, Vauban établit des principes simples pour régir l’organisation interne de la ville neuve. Les rues sont percées selon une symétrie parfaite, parallèles et perpendiculaires les unes aux autres. 48 îlots de dix parcelles s’organisent en damier autour de la place d’armes centrale, distincte de la place du marché. Les îlots face à la place d’armes sont destinés à accueillir l’église, la maison du gouverneur, les pavillons du lieutenant du roi et du major et l’hôtel de ville. Les logis d’ingénieurs, d’officiers et les magasins divers sont répartis dans les différents ilots urbains, au milieu de maisons civiles. Les casernes sont placées le long des remparts. Les maisons sont équipées de chambres supplémentaires pour loger des renforts et de caves voûtées pour servir d’abri anti-bombardement. Quatre puits publics sont creusés à chaque angle de la place d’armes centrale, et cinq devant les casernes. Les îlots prévus pour les habitants doivent permettre la construction de 340 maisons à raison de dix maisons par carré et loger 3 500 habitants.

Le chantier : 1698-1703

Le chantier débute dès 1698 par une série de terrassements. L’ingénieur Tarade, directeur des fortifications d’Alsace, le supervise, secondé par l’entrepreneur Jean-Baptiste de Regemorte. Pour permettre un acheminement rapide et bon marché de pierres, Vauban prévoit le creusement du canal de Rouffach pour permettre l’approvisionnement du grès extrait des carrières des massifs des Vosges. Le chantier est directement impacté par la reprise des combats et la guerre de Succession d’Espagne (1702-1712). Breisach-am-Rhein redevient française et fait perdre à Neuf-Brisach son intérêt stratégique. Les travaux entamés sont menés à terme, mais le reste des crédits prévus au chantier est utilisé pour remettre en état les fortifications de Breisach-am-Rhein. La place imaginée par Vauban n’est jamais complètement achevée. L’ouvrage à couronne projeté qui devait abriter un hôpital et un moulin, ainsi que le canal dérivé du Rhin pour l’actionner ne sont pas exécutés, tout comme les 24 guérites et les trophées d’armes des quatre portes de la place.

Neuf-Brisach du XVIIIe et XXe siècle

Les ponts-levis de la porte de Belfort sont remplacés par des ponts dormants en 1722, puis démolis en 1733, empêchant la communication avec l’extérieur.
Après 1871, les Prussiens modifient les parapets des tours bastionnées, et les remplacent par une épaisse protection de terre. Chaque tour est équipée d’un abri voûté et trois des huit tours d’une coupole d’observation blindée. Les embrasures ont toutes été refaites. Les ouvrages détachés et la demi-lune au nord ont laissé place à la voie ferrée en 1878. En 1870, Neuf-Brisach doit faire face à un important siège. Les combats font rage et sont lourds de conséquences pour la place : plus de 6 000 obus sont tombés, détruisant les trois quarts des maisons. La ville est reconstruite à plus de 75% en moins de cinq ans. Les Allemands remanient l’enceinte principale après avoir réparé les ouvrages détruits, en particulier la porte de Colmar et de Strasbourg. En 1945, Neuf-Brisach fait à nouveau face à un important bombardement par les Américains, alors même que les Allemands avaient quitté la ville. La place est détruite à 85%. 170 habitations sont à reconstruire sur les 360 que compte la ville tandis que les fortifications sont restées intactes.

État actuel

L’ensemble des fortifications appartient aujourd’hui à la ville et la totalité du territoire est concernée par la protection au titre des Monuments historiques. Depuis 2008, le site est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial au titre des Fortifications de Vauban. Des visites guidées sont régulièrement organisées pour découvrir le site. Le plan relief réalisé au 1/600e, construit en 1706, restauré en 1782 et 1936, est conservé au Musée des Plans Reliefs de Paris. Une copie est visible au musée Vauban de Neuf-Brisach.

Orientation bibliographique

COUTENCEAU (I.), « Neuf-Brisach (1698-1705), la construction d’une place forte au début du XVIIIe siècle » in Revue historique des armées, s. l., 1988, n°13891, p. 16-21.
HALTER (A.), Histoire de la place forte de Neuf-Brisach, Strasbourg, 1962.
HALTER (A.), Le chef d’œuvre inachevé de Vauban, Neuf-Brisach, Strasbourg, 1992.
JORDAN (B.), MENGUS (S.), Dossier d’inventaire préliminaire préétabli sur Neuf-Brisach, s. l., 1999.
MARTIN (P.), La route des fortifications dans l’Est, Paris, 2007.
MONGIN (M.), STEENBERGEN (M.), Neuf-Brisach, la ville idéale, Woippy, 2013.
Ouvrage collectif, Vauban, sa vie, son œuvre, Saint-Léger-Vauban, 1998, p. 64-66.
PONSOT (P.), Etude préliminaire relative à la restauration de l’ensemble des remparts de Neuf-Brisach, Blois, 1993.
WARMOES (I.), Le Musée des Plans-Reliefs, Paris, 1997, p.43.


Légendes (de haut en bas) :
  • Neuf-Brisach, plan de 1799, Musée Vauban, Neuf-Brisach.
  • Vue aérienne de Neuf-Brisach, GoogleEarth, 20/08/2010.
UNESCO RSMV